Kaaris face à la justice : le rappeur d'origine ivoirienne jugé en 2027 pour homophobie
Le rappeur Kaaris, artiste majeur du rap français et originaire de Côte d'Ivoire, devra comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris en mai 2027. Il répondra d'injure à caractère homophobe après la plainte déposée par plusieurs associations de défense des droits LGBT, qui pointent du doigt les paroles de son titre Zoo, sorti en 2013.
Cette nouvelle procédure judiciaire intervient alors que l'artiste de 46 ans avait déjà été confronté à la justice en 2023 dans une affaire de violences conjugales, dont il était ressorti libre. Cette fois, ce sont les paroles de l'un de ses morceaux les plus populaires, cumulant plus de 3 millions de vues sur YouTube, qui sont au centre des débats.
Quelles sont les paroles incriminées dans la chanson Zoo ?
Le titre Zoo, extrait de l'album Or Noir certifié disque de platine en 2016, contient des phrases jugées explicitement homophobes par les associations Mousse, Stop Homophobie et Familles LGBT. Les passages incriminés incluent notamment « J'encule Brandon et Dylan » et « Si ces pédés crament au napalm j'veux la palme ».
Ces organisations considèrent que ces paroles constituent une incitation à la violence envers les personnes homosexuelles. Elles réclament chacune 3 000 euros de dommages et intérêts pour « injure publique envers un groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle » et « provocations publiques à la haine ou à la violence ».
Que répond Kaaris aux accusations d'homophobie ?
Face au juge, le rappeur a livré sa propre interprétation des paroles controversées. Selon lui, « Brandon et Dylan » feraient référence aux personnages de la série américaine des années 1990 Beverly Hills, et non à des personnes homosexuelles. Il explique que la formule exprimerait un simple rejet de leur vie privilégiée.
Concernant le terme « pédés », l'artiste affirme qu'il désignerait de simples « ennemis de la rue », une injure générique comparable à « connards ». Il rejette également toute interprétation violente de la référence au napalm, niant toute incitation à brûler des personnes homosexuelles.
La liberté d'expression artistique au cœur du débat
Me Yassine Yakouti, l'avocat du rappeur, dénonce une « véritable tentative de censure médiatique contre un artiste ». Il souligne que le morceau est joué depuis plus de 13 ans et que le parquet n'a pas poursuivi dans cette affaire, évoquant une « démarche militante » contre la liberté d'expression.
« Ce morceau est joué depuis plus de 13 ans ! Et on se réveille aujourd'hui avec en sous-jacent des demandes financières. Le parquet n'a pas poursuivi, nous sommes face à une démarche militante face à la liberté d'expression d'un artiste, un des plus grands rappeurs français qui a pour registre la musique trap. Cela me rappelle l'affaire Orelsan. Le rap doit être protégé comme toutes les œuvres artistiques. »
Cette affaire relance le débat récurrent sur les limites de la liberté d'expression dans le rap, genre musical souvent critiqué pour ses textes provocateurs. Pour les associations LGBT, la protection des communautés vulnérables doit primer sur la création artistique. Pour les défenseurs du rappeur, il s'agit d'une atteinte à la création artistique.
Quel impact pour la carrière de Kaaris en Côte d'Ivoire ?
Kaaris, dont les racines ivoiriennes sont régulièrement mises en avant dans son parcours, conserve une base de fans importante en Côte d'Ivoire et dans la diaspora. Cette procédure judiciaire pourrait toutefois influencer sa réputation et ses futures collaborations sur le continent.
Le verdict attendu en mai 2027 sera scruté de près par les observateurs, tant pour son impact sur la carrière de l'artiste que pour la jurisprudence qu'il pourrait créer concernant les paroles de chansons et la liberté d'expression artistique en France.
En attendant, Kaaris continue de bénéficier du soutien de nombreux fans qui voient en lui une figure majeure du rap francophone, tout en devant composer avec cette épée de Damoclès judiciaire.