Léon XIV à Lourdes : les victimes d'abus dans l'Église saluent une écoute inédite
Le pape Léon XIV a rencontré dimanche 27 septembre 2026 à Lourdes, haut lieu de pèlerinage, sept victimes de violences physiques et sexuelles au sein de l'Église de France. Une rencontre à huis clos qui a duré près de deux heures, bien au-delà de l'heure initialement prévue, et que les participants décrivent comme un moment historique d'écoute et de reconnaissance.
Une rencontre qui dépasse les attentes des victimes
« On devait le rencontrer une heure. Cela a duré 1 h 55. Il nous a reçus 15 minutes, en tête à tête, et ensuite collectivement », a déclaré Olivier Mardi, co-fondateur du collectif des Voix libérées de Touraine. Deux des sept victimes ont souhaité garder l'anonymat, dont une victime de l'abbé Pierre et une religieuse de la communauté Mère Teresa.
« On a senti un pape profondément à l'écoute. Il m'a pris avec ses deux bras. J'ai senti qu'il avait envie que ça change », a confié Jean-Marie Delbos, ancien élève interne à Bétharram, établissement au cœur d'un vaste scandale d'abus sexuels.
Pour Olivier Mardi, cette rencontre marque une rupture : « Il nous a réconciliés avec ce qu'on a vécu, il y a dix ans, lorsque l'on écrivait au pape et qu'il ne répondait pas. On a vraiment été écoutés. » Bertrand Virieux, fondateur de l'ex-collectif lyonnais La Parole libérée, abonde : « Il s'est passé quelque chose, même pour les plus endurcis d'entre nous. »
La reconnaissance du caractère systémique des violences
Les victimes ont particulièrement apprécié que le pape reconnaisse la dimension systémique des abus commis au sein de l'institution ecclésiale. « C'était une rencontre simple, d'homme à femme. J'ai pu lui dire tout ce que je voulais. Que contrairement à ce qu'affirme la Conférence des évêques de France, on n'est pas sorti de la systémie », a témoigné Véronique Garnier du collectif Foi et Résilience.
Jérôme Guillement, abusé sexuellement par un prêtre en Vendée, a précisé : « Il a reconnu le caractère systémique des violences dans l'Église, et que cette dimension est encore présente. Et qu'il y en avait encore pour des années. »
Des actes concrets attendus après les paroles
Le pape a salué « les courageuses dispositions mises en place par l'épiscopat, les religieux et religieuses français » autour de l'écoute, de la recherche de la vérité, de la justice, du pardon et de la réparation. Il a également encouragé l'enracinement d'une culture de prévention dans toute l'Église.
Les victimes, elles, réclament des actions concrètes. « Lourdes, c'est le début du chemin. Il a reconnu que l'Église de France avait encore énormément de travail », ont-elles souligné. « On a expérimenté quelque chose de la co-construction qu'on réclame depuis des années. Il ne faut rien lâcher », a lancé Véronique Garnier.
Un tournant par rapport à François
Cette rencontre marque une évolution notable par rapport à l'attitude du pape François, qui avait accueilli avec défiance les travaux de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase) et n'avait jamais reçu Jean-Marc Sauvé, son président, au Vatican. Le rapport de la Ciase a estimé à 330 000 le nombre de victimes depuis les années 1950, révélant un déni et un système de dissimulation au sein de l'Église de France.
Léon XIV a depuis nommé un Français, l'archevêque de Chambéry Mgr Thibault Verny, à la tête d'une commission pontificale pour la protection des mineurs. Il a également promis des efforts supplémentaires après avoir rencontré six victimes en Espagne en juin dernier.
Des gestes symboliques forts à Lourdes
Avant l'arrivée de Léon XIV, l'évêque de Tarbes et de Lourdes, Mgr Jean-Marc Micas, a obtenu de faire recouvrir définitivement les mosaïques de la basilique du Rosaire réalisées par le prêtre slovène Marko Rupnik, accusé de violences sexuelles et psychologiques. Le pape s'est également recueilli devant la photo de « l'enfant qui pleure », représentation d'une victime accrochée depuis 2021 au mur de l'hémicycle où les prélats se réunissent deux fois par an.
À Paris, où elle a brièvement rencontré le pape, l'ex-présidente de l'Inirr, Marie Derain de Vaucresson, a appelé à aborder de front la dimension systémique des crimes sexuels dans l'Église. Les associations de victimes, elles, réclament des actes face à un système « qui n'est pas capable d'empêcher les violences et est souvent à l'origine de leur développement », comme l'a souligné la commission indépendante sur les violences commises à Notre-Dame de Bétharram.
Questions fréquentes sur la rencontre du pape à Lourdes
Combien de victimes ont rencontré le pape Léon XIV à Lourdes ?
Sept victimes de violences physiques et sexuelles au sein de l'Église ont été reçues par le pape Léon XIV à Lourdes le 27 septembre 2026, dont deux ont souhaité garder l'anonymat.
Quelles sont les principales demandes des victimes ?
Les victimes réclament des actions concrètes de la part de l'Église, notamment une culture de prévention renforcée et la reconnaissance pleine et entière du caractère systémique des violences commises.
Quelle est la différence avec l'attitude du pape François ?
Le pape François avait accueilli avec défiance les travaux de la Ciase et n'avait jamais reçu Jean-Marc Sauvé au Vatican, tandis que Léon XIV a rencontré les victimes, nommé un Français à la tête d'une commission de protection des mineurs et reconnu le caractère systémique des abus.