Nicolas Martin : « Ce roman est une tragédie avant d'être un huis clos horrifique »
Dans son nouveau roman Je ne suis pas venu apporter la paix, le réalisateur et écrivain Nicolas Martin plonge le lecteur au cœur d'une famille rongée par les rancœurs, réunie autour d'un patriarche agonisant dans une ferme isolée des Pyrénées. Un huis clos horrifique qui interroge la brutalité des liens du sang et l'emprise du patriarcat, et dont on ne ressort pas indemne.
Une tragédie antique déguisée en roman d'horreur
Dès les premières pages, l'auteur annonce la couleur avec deux épigraphes, l'une tirée du Médée d'Euripide, l'autre de l'Évangile de Matthieu. « J'ai voulu commencer par quelque chose d'assez accessible, une violence intrafamiliale psychologique classique, le temps qu'on comprenne les tensions et les frustrations tissées au sein de la famille, puis peu à peu monter le niveau de violence », explique Nicolas Martin.
Le roman, construit en cinq actes, assume pleinement sa théâtralité. L'auteur revendique la collision entre le trivial et le sacré, le moderne et l'archaïque. « Ce qui était central, c'était d'interroger la notion de sauvagerie. On a cru pouvoir domestiquer les êtres humains et la nature, mais la sauvagerie, c'est aussi une certaine forme de verticalité, d'ordre archaïque ultra-violent », précise-t-il.
Pourquoi les Pyrénées sont le décor idéal de ce thriller
Orage diluvien, ferme organique, coupures de réseau : le roman réunit tous les codes du film d'horreur. Pour Nicolas Martin, le choix des Pyrénées n'est pas anodin. « Si j'ai pu écrire cette famille atroce, c'est parce que j'ai eu le privilège de grandir au sein d'une famille aimante. Les Pyrénées où j'ai vécu sont aussi l'un de mes espaces d'amour, et elles sont plus sauvages et mythologiques que les Alpes », confie-t-il.
L'écrivain regrette que la littérature et le cinéma francophones réutilisent systématiquement les tropes de la culture américaine. « Il suffit de chercher dans n'importe quel département français pour trouver une bête, un monstre ou une légende. Ce substrat mythologique est notre héritage, la base de notre mémoire collective », insiste-t-il.
L'emprise du patriarcat au cœur du récit
La question de l'emprise patriarcale constitue le cœur battant de ce thriller sans pitié. « C'était important qu'on sente qu'il n'y a jamais eu, dans cette famille, de maltraitance physique ou de violences sexuelles. La maltraitance qui m'intéressait, c'est celle qui s'exprime sans mots, celle de l'abandon, celle d'une soumission à un ordre qui dompte », explique l'auteur.
« Cette conception antique où les silences sont appelés éducation. Le patriarche meurt, mais l'ordre qu'il a créé circule encore dans les gestes, les réflexes et les peurs de ses enfants. »
À travers ce passif familial, Nicolas Martin explore la question de l'héritage d'une oppression systémique. « Arrive-t-on à s'en libérer, à créer autre chose, ou au contraire, est-ce qu'on reproduit les codes, en les amplifiant, en se les réappropriant ou en essayant de récupérer le pouvoir du patriarche ? » s'interroge-t-il.
Un roman qui cogne sec, dans la tradition du roman horrifique à la Stephen King, mais qui puise sa force dans le souffle mythologique de la tragédie antique. Une œuvre qui prouve, selon son auteur, « qu'on peut faire de la littérature à partir de l'horreur, qui est l'un des exemples les plus puissants de catharsis moderne ».