Vuelta 2026 : Enric Mas brise enfin la malédiction et ramène l'Espagne au sommet
Le cyclisme espagnol tient enfin son nouveau héros. À 31 ans, le Majorquin Enric Mas a remporté dimanche à Grenade le Tour d'Espagne, offrant à son pays une première victoire dans un grand Tour depuis le sacre d'Alberto Contador sur le Giro en 2015. Un exploit retentissant pour un coureur que beaucoup avaient déjà relégué au rang de simple équipier de luxe.
Longtemps considéré comme l'avenir du cyclisme ibérique, Enric Mas avait pourtant tout d'un éternel second. Trois fois deuxième de la Vuelta (2018, 2021, 2022), troisième en 2023, le grimpeur de l'équipe Movistar semblait avoir perdu sa superbe. Les chutes à répétition, un blocage mental dans les descentes et une thrombose veineuse ayant nécessité une opération avaient fini par avoir raison de ses ambitions. Son retour au premier plan n'en est que plus spectaculaire.
Une victoire construite sur les défaillances des favoris
Cette 81e édition semblait promise au Slovène Tadej Pogacar avant son abandon sur chute lors de la 8e étape. Enric Mas en a profité pour s'emparer du maillot rouge, qu'il n'a plus jamais lâché. Il devance finalement Primoz Roglic, qui à 36 ans a manqué son pari d'une cinquième Vuelta record, et Felix Gall, déjà deuxième du Giro en mai dernier.
Le parcours du vainqueur a également été facilité par les absences de Jonas Vingegaard, Remco Evenepoel, Isaac Del Toro ou Paul Seixas. Mais comme le souligne son directeur sportif José Joaquin Rojas, cette victoire ne doit rien à personne. « Je ne l'avais encore jamais vu aussi fort », a salué Alejandro Valverde, vainqueur de l'épreuve en 2009 et aujourd'hui sélectionneur de l'Espagne.
La rédemption d'un champion discret
« Cela a été une longue attente et un long chemin pour arriver jusque-là, a déclaré Enric Mas après son succès. Chaque Vuelta est spéciale mais celle-ci encore plus. Ce jour va rester pour toujours, c'était merveilleux. » Des mots simples pour un homme simple, longtemps critiqué pour sa personnalité austère et son manque de panache.
Sa réputation de perdant, entretenue par une presse espagnole impitoyable et une équipe Movistar souvent moquée pour ses choix stratégiques, aurait pu avoir raison de sa carrière. « Avec toutes ces critiques, beaucoup d'athlètes auraient dit : ''J'arrête tout'', a rappelé Alberto Contador, qui avait lancé le Majorquin dans sa fondation. Mais Enric a continué. Il a su se réinventer pour offrir la meilleure version de lui-même. C'est un exemple. »
En franchissant la ligne d'arrivée bras dessus bras dessous avec ses coéquipiers, Enric Mas a non seulement écrit la plus belle page de sa carrière, mais il a aussi rendu à l'Espagne sa fierté perdue dans les grands Tours. Une leçon de persévérance qui dépasse largement le cadre du sport.