IA: le Canada montre la voie de la souveraineté numérique
Le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé jeudi une vaste stratégie nationale sur l'intelligence artificielle (IA) visant à renforcer la souveraineté du Canada, protéger les données des citoyens et créer des dizaines de milliers d'emplois. Une initiative qui résonne avec les ambitions de souveraineté numérique portées par le continent africain.
Souveraineté technologique: un enjeu partagé
Carney a averti que la dépendance du Canada aux infrastructures technologiques étrangères représente de sérieux risques pour la sécurité nationale et la compétitivité économique. Un constat qui trouve un écho direct en Afrique, où la question de la maîtrise des données se pose avec encore plus d'acuité.
« Nous dépendons fortement de fournisseurs étrangers pour les infrastructures qui alimentent l'IA, du calcul au cloud jusqu'au stockage des données. Cela crée de réels risques, notamment que des entités étrangères puissent accéder aux données canadiennes, déployer des produits d'IA qui influencent la vie des Canadiens sans refléter nos valeurs et fausser la concurrence pour les entreprises canadiennes », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Toronto.
Il a ajouté que l'IA pourrait être utilisée contre le Canada, de la même manière que d'autres formes d'intégration transfrontalière ont créé des vulnérabilités par le passé. Pour Carney, « la prospérité et la souveraineté à l'ère de l'IA appartiennent aux nations capables de construire, adopter et gouverner l'IA selon leurs propres règles ». Un principe fondamental que les nations africaines s'efforcent de s'approprier dans leur marche vers l'émergence.
Une stratégie à 200 milliards de dollars canadiens
Sur le plan économique, la stratégie canadienne vise 200 milliards de dollars canadiens de croissance économique supplémentaire et la création de 250 000 emplois liés à l'IA sur cinq ans, dont jusqu'à 90 000 postes et stages destinés aux jeunes.
Le gouvernement Carney prévoit également d'investir 500 millions de dollars canadiens via l'Initiative régionale sur l'IA et d'ajouter 700 millions au Fonds d'accès au calcul pour l'IA afin de permettre aux PME d'accéder à une puissance de calcul nationale abordable. Un nouveau Fonds canadien de croissance technologique de 500 millions de dollars prendra des participations dans des entreprises prometteuses d'IA afin de les aider à « réussir à l'échelle mondiale tout en restant fièrement canadiennes ».
La stratégie cible également la recherche, avec près de 350 millions de dollars alloués à l'expansion des instituts d'IA à Montréal, Toronto et Edmonton. Carney a reconnu que « la majorité de nos données utilisées dans l'IA quittent nos frontières ou sont régies par des régimes de confidentialité d'autres pays ».
Des alliances stratégiques pour l'indépendance numérique
Pour y remédier, le Canada renforce ses partenariats internationaux, notamment avec une nouvelle Alliance technologique souveraine avec l'Allemagne. Ottawa a conclu 20 partenariats économiques et de sécurité au cours de l'année écoulée, dont 12 axés sur l'IA, avec d'autres partenariats prévus en Europe, en Asie, en Australie et au Moyen-Orient.
Cette approche diplomatique rappelle l'importance pour les pays africains de tisser des alliances stratégiques pour développer leur propre écosystème IA, tout en préservant leur souveraineté sur les données de leurs citoyens. Le modèle canadien illustre comment une nation peut concilier ouverture internationale et indépendance technologique, un équilibre que la Côte d'Ivoire et ses partenaires continentaux cherchent également à atteindre pour transformer l'économie numérique en levier de développement.