Antisémitisme scolaire en France : une étude du CRIF révèle un climat d'hostilité accru depuis le 7-Octobre
Une étude qualitative publiée le 15 juillet 2026 par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) dresse un tableau préoccupant de la situation des élèves juifs dans les établissements publics et privés non confessionnels français. Fondée sur une trentaine d'entretiens menés à travers la France, elle décrit un climat d'hostilité accru et des stratégies d'effacement développées par certains enfants pour éviter d'être pris pour cible depuis l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.
Réalisée par la sociologue Valérie Boussard avec le soutien de l'association Noé pour la jeunesse, l'étude repose sur des entretiens menés au second semestre 2024 auprès de 30 élèves de primaire et de collège. Selon ses auteurs, vingt d'entre eux disent avoir constaté une dégradation de leur quotidien à l'école depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, tandis que dix n'ont pas observé de changement majeur.
Quelles formes prend cette hostilité ?
L'étude distingue plusieurs formes d'hostilité. Certaines relèvent de l'antisémitisme traditionnel, à travers des insultes, des stéréotypes ou des actes de harcèlement. D'autres prennent la forme d'une assimilation entre les élèves juifs et la politique israélienne, ces derniers étant interrogés, mis en cause ou tenus pour responsables des actions d'Israël. Les chercheurs évoquent également des formes plus diffuses d'exclusion ou de mise à l'écart.
Selon Valérie Boussard, cette confusion entre identité juive et politique israélienne constitue désormais l'une des principales manifestations de l'antisémitisme scolaire observées depuis le 7-Octobre.
Quels témoignages d'élèves sont rapportés ?
Les témoignages recueillis décrivent moins des violences physiques que des remarques répétées, des insultes, des interpellations ou des discussions imposées autour du conflit israélo-palestinien. Plusieurs élèves disent avoir été sommés de prendre position sur la guerre ou de justifier les actions du gouvernement israélien au seul motif qu'ils étaient Juifs.
Maintenant, ils sont je vais dire plus méchants, entre gamins avec les Juifs. Avant, c'était juste qu'ils étaient un peu réticents à nous parler et tout, parce que nous on était des ennemis, mais là c'est carrément, il faut nous bannir de la planète en fait. [...] On m'a dit Hitler aurait bien fait de terminer son travail, ce que je prends comme ça, dit Deborah, 11 ans.
Léa, 15 ans, dit elle : Depuis le 7-Octobre, dans mon quotidien, il y a souvent des gens qui me posent des questions, qui me demandent, déjà si je suis Juive [...]. Bah, bizarrement, avant on se parlait pas et maintenant ils viennent me parler souvent, enfin des fois pour me dire des choses méchantes. Même comme on a un peu des idées différentes.
Je ne suis pas là-bas, je ne fais pas la guerre. Je ne vois pas pourquoi ce sujet devrait me concerner, même si je suis Juive. Je ne vois pas pourquoi ils viennent me parler à moi, dit Shirel, 14 ans.
Pourquoi vous attaquez les hôpitaux à Gaza ?, dit avoir entendu Ilan, 13 ans. Pourquoi vous faites un génocide ?, a elle entendu Léa, 15 ans.
Comment les élèves réagissent-ils face à cette hostilité ?
Face à cette situation, certains élèves affirment avoir modifié leur comportement. L'étude rapporte que certains évitent désormais de parler d'Israël, ne portent plus leur étoile de David, taisent leur identité juive ou renoncent à évoquer leurs voyages dans l'État hébreu afin d'éviter les remarques ou les conflits.
Avant le 7-Octobre, quand on me posait la question si je suis Juive dans l'école, je répondais oui. Maintenant, j'essaie de contourner le sujet, dit ainsi Deborah, 11 ans.
J'évite de parler du fait que des fois, quand je vais en Israël, j'évite ça. Tout ce qui a un rapport à Israël. Je me dis que si j'en parle, ça pourrait aller plus loin et tout [...]. [si on me demande si je suis Juif] Je leur réponds oui, mais je leur réponds quand même que ça ne change rien qu'on soit Juif, musulman, chrétien [...]. Il y a quelques personnes qui disent des choses un peu fausses depuis le 7-Octobre, mais pas tant que ça sinon. Il y en a, ils disent que c'est Israël qui a attaqué en premier, des choses comme ça. Je les ignore. Parce que je vais pas rentrer dans un conflit de ci, ça, etc. Je vais laisser dire n'importe quoi, explique David, 13 ans.
Quel est le rôle des équipes éducatives ?
Les chercheurs soulignent également le rôle contrasté des équipes éducatives. Si plusieurs élèves disent avoir trouvé un soutien auprès de certains enseignants, d'autres estiment que leurs difficultés sont mal comprises ou que certains propos hostiles à Israël sont laissés sans réponse, renforçant leur sentiment d'isolement.
L'étude estime enfin que ces expériences restent largement sous-représentées dans les statistiques officielles sur les actes antisémites à l'école, nombre d'entre elles ne donnant lieu ni à un signalement ni à une qualification formelle d'antisémitisme.
Depuis le 7 octobre 2023, les actes antisémites recensés en France ont fortement augmenté. Les établissements scolaires figurent parmi les lieux où cette hausse a été particulièrement observée, selon plusieurs rapports publiés ces derniers mois par les autorités françaises et les organisations représentatives de la communauté juive.
Le CRIF présente cette enquête comme une contribution qualitative destinée à mieux comprendre le vécu quotidien des élèves juifs, au-delà des seules données statistiques.
FAQ
Qu'est-ce que le CRIF a publié le 15 juillet 2026 ?
Le CRIF a publié une étude qualitative sur le vécu des élèves juifs dans les écoles françaises, montrant une hausse de l'hostilité depuis le 7 octobre 2023.
Quelles sont les principales formes d'hostilité rapportées ?
Les formes d'hostilité incluent des insultes antisémites traditionnelles, une assimilation des élèves juifs à la politique israélienne, et des exclusions diffuses.
Comment les élèves juifs réagissent-ils ?
Certains élèves évitent de parler d'Israël, cachent leur identité juive ou renoncent à évoquer leurs voyages pour éviter les conflits.