Les électeurs de l'Alberta ont massivement approuvé, lundi 20 octobre 2026, neuf des dix questions soumises au référendum provincial, ouvrant la voie à des négociations constitutionnelles historiques entre la province et le gouvernement fédéral canadien.
Seule la question portant sur la sécession a été rejetée sans ambiguïté : 75,15 % des Albertains ont voté contre la tenue d'une consultation sur l'indépendance, tandis que 24,85 % s'y sont déclarés favorables, selon les résultats rapportés par La Presse.ca.
Ce que les Albertains ont voté
Les neuf premières questions, adoptées à de fortes majorités, portent sur de nouveaux pouvoirs pour la province en matière d'immigration, la nomination de certains juges et l'abolition du Sénat non élu. La consultation référendaire de 2026 visait à mesurer directement l'opinion publique sur ces changements constitutionnels, dans le cadre d'un Canada uni.
La première ministre albertaine Danielle Smith dispose désormais d'un mandat populaire pour demander des amendements à la Constitution. Reste à savoir comment elle comptera l'utiliser dans les mois qui viennent.
Le précédent de la Cour suprême de 1998
Pour comprendre la portée de ce vote, il faut remonter à la décision rendue par la Cour suprême du Canada en 1998, à la suite d'un renvoi entrepris par le gouvernement fédéral de Jean Chrétien. Le plus haut tribunal du pays avait alors statué qu'« une réponse claire à une question claire » obligeait obligatoirement les parties à des négociations constitutionnelles.
À l'époque, le gouvernement de Lucien Bouchard à Québec y avait vu une victoire importante, Ottawa ayant toujours soutenu jusque-là que rien ne l'obligeait à négocier quoi que ce soit. Cet arrêt avait établi quatre principes fondamentaux du droit canadien : la démocratie, le fédéralisme, la primauté du droit et la protection des minorités.
Pourquoi ce référendum intéresse le Québec
Ce vote albertain a été suivi avec attention au Québec, où le Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon, élu plus tôt ce mois-ci, n'avait jamais demandé aussi clairement le mandat de tenir un référendum sur la souveraineté. Le précédent remontait à 1995, lorsque l'option fédéraliste l'avait emporté de justesse.
Le résultat albertain règle pour de bon la question de la légitimité d'une nouvelle démarche référendaire dans une province canadienne, qu'elle porte sur l'obtention de nouveaux pouvoirs ou sur une sécession. Il ne dit toutefois rien de ce qui se passerait en cas de résultat très serré, comme en 1995.
Un processus d'amendement lourd et incertain
Un mandat référendaire garantit des négociations, mais rien n'en garantit le succès, rappelle la Cour suprême. Pour amender la Constitution, il faut l'assentiment du gouvernement fédéral et, dans la plupart des cas, celui de six autres provinces représentant 50 % de la population canadienne. Certains cas précis exigent même l'unanimité des provinces.
C'est sans doute pourquoi aucune province n'avait tenté l'expérience depuis près de trois décennies, malgré le feu vert du tribunal. En 2021, les Albertains avaient toutefois déjà été consultés sur le retrait de la péréquation : 61 % avaient voté pour l'abolir, selon Radio-Canada.
Le premier ministre du Canada, Mark Carney, s'est montré réticent à engager la lourde procédure d'amendement, préférant explorer des aménagements administratifs.
Une leçon pour les démocraties
L'expérience albertaine illustre un débat qui dépasse largement le Canada : celui de la capacité des Constitutions à évoluer. Aux États-Unis, l'amendement reconnaissant l'égalité entre les femmes et les hommes attend toujours son adoption depuis 1972.
Pour l'Alberta, la compilation finale des voix déterminera l'étendue exacte du mandat populaire. Le référendum albertain de 2026 entre ainsi dans l'histoire constitutionnelle du pays, et Ottawa devra désormais décider s'il honore la volonté exprimée par les urnes.
Questions fréquentes
Quelle question a été rejetée par les Albertains ?
La question 10, sur la tenue d'un référendum contraignant sur la séparation de l'Alberta, a été rejetée à 75,15 %.
Quels pouvoirs la province demande-t-elle ?
L'Alberta réclame de nouveaux pouvoirs en immigration, la nomination de certains juges et l'abolition du Sénat non élu.
Le référendum oblige-t-il Ottawa à négocier ?
Oui, selon l'arrêt de la Cour suprême de 1998, un résultat clair oblige à des négociations, mais rien ne garantit leur succès.
