Tentative d'assassinat d'un dissident: 30 ans de prison
La justice française a sévèrement sanctionné l'atteinte à la liberté d'expression. Mercredi, la cour d'assises spéciale de Rennes a condamné Emin Gasimov, 34 ans, à 30 ans de réclusion criminelle pour la tentative de meurtre en bande organisée contre Mahammad Mirzali, un blogueur azerbaïdjanais réfugié en France depuis 2016.
Un verdict à la hauteur de la gravité des faits
Au terme de près de trois semaines de procès et de plus de trois heures de délibéré, la cour a suivi les réquisitions de l'avocat général. Considéré comme le chef du commando, Emin Gasimov, membre présumé d'un clan de la mafia russophone des « Voleurs dans la loi », a également été reconnu coupable d'association de malfaiteurs en vue de préparer un crime par deux fois, en 2021 et 2022.
Les deux autres membres du commando, eux aussi liés aux « Voleurs dans la loi », ont écopé de 18 et 25 ans de réclusion. L'un d'eux n'a jamais été retrouvé. Sur les neuf accusés jugés dans cette affaire, cinq ont été condamnés à des peines allant de 5 à 15 ans de prison, certaines assorties de sursis, tandis qu'un seul a été acquitté.
Un crime politique assumé par la justice
En mars 2021, Mahammad Mirzali avait été lardé de coups de couteau en plein jour dans le centre de Nantes par trois agresseurs. Devant la cour, il avait qualifié cette attaque de « crime politique » venu des plus hautes sphères d'Azerbaïdjan. La justice française a validé cette lecture des événements.
La cour a dit qu'il y avait une volonté d'ôter la vie, mais qu'au surplus, il y avait une volonté de donner un retentissement exceptionnel à cet acte parce qu'il l'avait fait en plein jour et qu'il y avait une volonté de propager la terreur parmi les opposants au régime.
C'est ce qu'a souligné Henri Carpentier, avocat de la victime, saluant une « justice donnée de manière éclatante ». Il a par ailleurs rappelé que la thèse de l'atteinte à la liberté d'expression avait été « intégralement reprise » par la cour d'assises.
La défense dénonce une peine excessive
Du côté de la défense, le verdict est mal vécu. « C'est une peine très très excessive », a réagi Me Thierry Fillion, avocat d'Emin Gasimov, sans préciser si son client ferait appel. Son client avait nié toute volonté meurtrière, affirmant que le but était seulement de blesser le dissident.
À l'énoncé du verdict, Emin Gasimov a scandé « pas de justice! » depuis le box des accusés, avant de lancer « je ne suis pas un terroriste! ».
Un signal fort pour la protection des voix dissidentes
Au-delà de l'affaire, cette condamnation envoie un message clair sur le sol européen: les tentatives de répression transnationale visant à réduire au silence les voix critiques ne resteront pas impunies. Mahammad Mirzali, 32 ans, anime une chaîne YouTube et un blog suivis par des centaines de milliers d'abonnés. Sa difficile vie de dissident, d'abord en Azerbaïdjan puis en France, rappelle les risques encourus par ceux qui osent lever la voix contre le pouvoir en place.
Pour les peuples africains, attachés à la souveraineté et à la dignité, cette décision de justice résonne comme un rappel à l'ordre. Nul État, nulle puissance, ne saurait exporter sa répression au mépris du droit et des libertés fondamentales. La stabilité institutionnelle et le développement ne peuvent se construire sur le silence forcé des opposants.