L'ancienne ministre québécoise responsable des Aînés, Marguerite Blais, appelle publiquement à la création d'un plan global de vieillissement, alors que le Québec compte seulement 157 gériatres pour toute sa population vieillissante. Cette déclaration, rapportée le 18 octobre 2026 par le média canadien La Presse.ca, intervient dans un contexte marqué par plusieurs drames touchant des personnes âgées en établissement de soins.
À 76 ans, celle qui fut la figure politique la plus associée à la cause des aînés au Québec plaide pour ce qu'elle appelle le « mieux-vieillir ». Son constat est sans appel : le vieillissement de la population a été presque absent de la campagne électorale québécoise, et aucun parti politique n'a présenté de vision d'ensemble sur la question.
Des drames qui illustrent l'urgence de la situation
Début octobre 2026, une résidante d'un CHSLD, l'équivalent québécois de nos maisons de retraite médicalisées, est décédée après avoir été bousculée par une autre résidante. Selon La Presse.ca, cette femme avait déjà été victime de plusieurs épisodes d'agressivité avant l'issue fatale.
En juin 2026, un autre cas avait choqué l'opinion publique : une femme de 76 ans atteinte de la maladie d'Alzheimer avait été menottée, arrêtée et accusée de voies de fait armées après une altercation avec une autre aînée de sa résidence. Elle a finalement été déclarée inapte à subir son procès.
« J'étais horrifiée, horrifiée. Non, j'étais triste, ce n'est pas pareil », a confié Marguerite Blais au journaliste de La Presse.ca, en commentant cet événement. Pour l'ex-ministre, cette affaire révèle surtout un manque de « compréhension intergénérationnelle » dans le traitement des personnes âgées atteintes de troubles cognitifs.
Un chiffre qui pose question : 85 % des résidents souffrent de démence
Le constat avancé par Marguerite Blais est précis : actuellement, 85 % des personnes hébergées en CHSLD souffrent de démence. Les symptômes de ces troubles restent mal connus du grand public : gestes inadaptés, hallucinations, refus de collaborer aux soins d'hygiène, comportements agressifs.
L'ancienne ministre estime que le Québec devrait s'inspirer des progrès réalisés en santé mentale pour renforcer la formation des policiers face aux personnes âgées. Une approche qui rappelle l'importance, pour tout État qui se respecte, de former ses forces de l'ordre aux situations de vulnérabilité.
Un ministère du Mieux-Vieillir, indépendant de la Santé
La proposition phare de Marguerite Blais est institutionnelle : créer un ministère du Mieux-Vieillir, totalement indépendant du ministère de la Santé, dont « toute la vision est hospitalo-centrique », selon ses termes rapportés par La Presse.ca.
Son raisonnement mérite d'être entendu au-delà du Québec. Le vieillissement ne commence pas à 65 ans, rappelle-t-elle. Les personnes en situation de handicap, les personnes autistes ou encore les personnes en situation d'itinérance ont toutes besoin de soutien au fil des âges. Décider au coup par coup, sur des mandats de quatre ou huit ans, et annoncer quelques millions supplémentaires pour les soins à domicile ne suffit pas, insiste-t-elle.
Le plan qu'elle appelle de ses vœux inclut l'adaptation des logements, l'aide aux repas, au ménage et à l'hygiène, mais aussi des services de transport vers l'épicerie ou le coiffeur. Les villes, elles, doivent prévoir des espaces de marche sécurisés, des bancs, un éclairage adéquat et des loisirs favorisant la socialisation des aînés.
La gériatrie sociale, une piste pour l'Afrique de demain
La question posée par Marguerite Blais résonne également pour les lecteurs de la Côte d'Ivoire. « Comprenez-vous ça que dans une population vieillissante, on ait seulement 157 ou peut-être 158 gériatres pour tout le Québec ? », s'interroge-t-elle.
Elle milite pour la gériatrie sociale, une approche qui consiste à diagnostiquer les maladies tout en venant en aide concrète aux aînés, par exemple lorsqu'une personne se nourrit mal parce que son réfrigérateur ne fonctionne plus. Une approche de terrain, proche des réalités de nos communautés, où la solidarité familiale reste forte mais où les pouvoirs publics ont aussi leur rôle à jouer.
« Les aînés, on les a vus pendant la pandémie parce qu'on n'avait pas le choix de les voir. Mais là, on ne les voit pas, on les voit plus, on n'en parle plus... », déplore celle qui a aussi fait reconnaître le rôle des proches aidants dans la loi.
Une action longtemps incomprise mais désormais reconnue
Marguerite Blais reconnaît avoir souvent été incomprise, voire ridiculisée, pendant sa carrière politique, alors même qu'elle s'entourait « toujours » de chercheurs pour fonder ses décisions sur la science. On se moqua d'abord des clowns thérapeutiques financés par Québec en 2009 pour visiter les CHSLD, la surnommant la ministre des « clowns ».
« C'est prouvé que les clowns thérapeutiques agissent en tant que thérapeutes. Ce sont des gens formés. Ça existe partout à travers le monde », se défend-elle aujourd'hui.
On doutait même de l'existence de la maltraitance envers les aînés lorsqu'elle a déposé le premier plan d'action pour la combattre, en 2010. Aujourd'hui, ce fléau n'est plus remis en question et une chaire de recherche y est consacrée. Le programme Municipalités amies des aînés, dont on riait à l'époque, rassemble désormais près d'un millier de milieux de vie engagés pour améliorer l'existence des personnes âgées restées à domicile.
À 76 ans, elle incarne sa propre vision
Après une carrière à la radio et à la télévision, puis en politique, Marguerite Blais a traversé une dépression de trois ans avant de commencer un nouveau chapitre. Elle a publié un livre le printemps dernier, donne des conférences qu'elle qualifie de pep talks pour les aînés et garde des projets secrets dans ses cartons, dont un avec une personne connue.
« Pas plus tard qu'en fin de semaine passée, une femme de 97 ans est venue me dire que ça ne lui tentait pas de se rendre à 100 ans, mais que je lui avais donné le goût de continuer de vivre un petit bout. C'est ma paye », raconte-t-elle.
Prendre sa retraite, ce n'est pas se retirer de la vie, mais « redéfinir sa vie », insiste-t-elle. « J'ai décidé que j'allais continuer d'avoir des projets parce que c'est la seule façon de bien vieillir, de continuer d'être actif et en vie. »
Elle promet surtout de continuer à dénoncer « le fait qu'on ne se préoccupe pas assez de nos personnes vieillissantes au Québec ». Une vigilance citoyenne qui, au-delà de l'Amérique du Nord, devrait inspirer toutes les nations engagées dans la protection de leurs aînés.
Questions fréquentes
Qui est Marguerite Blais ?
Marguerite Blais, 76 ans, est une ancienne ministre québécoise responsable des Aînés. Ancienne animatrice de radio et de télévision, titulaire d'un postdoctorat, elle est surtout connue pour son combat en faveur du « mieux-vieillir » et des proches aidants.
Quel chiffre frappe le plus dans son constat sur les aînés ?
Selon Marguerite Blais, 85 % des personnes hébergées en CHSLD au Québec souffrent de démence, et la province ne compte que 157 ou 158 gériatres pour toute sa population vieillissante.
Que propose Marguerite Blais pour améliorer le sort des aînés ?
Elle propose la création d'un ministère du Mieux-Vieillir indépendant du ministère de la Santé, un plan global incluant l'adaptation des logements, les services d'aide à domicile, le transport et l'aménagement urbain, ainsi que le développement de la gériatrie sociale.
