Climat : les candidats français s'accordent sur l'urgence, pas sur les solutions
Alors que la France sort d'un été marqué par des canicules records et des incendies dévastateurs, le débat sur le changement climatique s'est invité au cœur de la campagne présidentielle. Lors d'une émission diffusée mercredi 9 septembre sur BFMTV, plusieurs candidats ou leurs représentants ont reconnu l'urgence d'agir, sans toutefois parvenir à un consensus sur les mesures à adopter. Une occasion manquée, selon certains observateurs, de faire de l'écologie un thème central de la campagne.
« Cet été, on a gagné la bataille du constat, maintenant il faut gagner la bataille de l'action », a lancé Marine Tondelier, candidate des Ecologistes. Un sentiment partagé par l'ensemble des participants, qui ont tous exprimé leur compassion pour les victimes de la sécheresse et des feux de forêt. « Plus de 7 000 morts, c'est monstrueux », a déploré le sénateur communiste Ian Brossat, tandis qu'Olivier Faure, candidat à la primaire de la gauche sociale-démocrate, a qualifié cet été de « plus froid du reste de notre vie ».
Mais cette apparente unité s'est rapidement effritée dès lors qu'il s'est agi d'aborder les solutions concrètes. Le débat, qui a duré près de trois heures, a mis en lumière des divergences profondes entre les différents camps, notamment sur la question des carburants et de la voiture électrique.
Quelles solutions pour sortir de la dépendance aux énergies fossiles ?
La hausse des prix des carburants a été le premier sujet de discorde. Plusieurs candidats ont défendu l'électrification du parc automobile, à l'image d'Ian Brossat qui propose une aide à l'achat de véhicules électriques d'occasion, ou d'Olivier Faure qui maintient l'interdiction de la vente de voitures thermiques en 2035.
À droite, François-Xavier Bellamy (Les Républicains) et Jean-Philippe Tanguy (Rassemblement national) ont au contraire plaidé pour un assouplissement de cette mesure. « Avec cette interdiction, vous jouez le jeu de nos concurrents étrangers », a accusé le député RN, qui a également réitéré la volonté de son parti de baisser les taxes sur les carburants. Une proposition vivement critiquée par les autres participants, qui y voient une mesure injuste socialement et contre-productive pour le climat. « Nous ne produisons pas de pétrole. On baisserait la fiscalité pour augmenter notre dépendance à des énergies produites par d'autres pays », a rétorqué Marine Tondelier.
Quel mix énergétique pour la France ?
La question du mix énergétique a également cristallisé les tensions. Alors que la France dépend encore à plus de 50% des énergies fossiles, la transition écologique implique une augmentation de la consommation d'électricité. « Certes, il y a le nucléaire, mais il va falloir faire du renouvelable, du renouvelable, du renouvelable », a insisté Aurore Lalucq, coprésidente de Place publique, soutenue par Ian Brossat.
« Le coût complet des énergies renouvelables, aujourd'hui, est en train de devenir inférieur au coût du nucléaire futur », a ajouté Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre de la Transition écologique. Une position en totale opposition avec celle de François-Xavier Bellamy, qui estime que « l'on n'a pas besoin de greffer sur le réseau une énergie intermittente ».
Le bilan du gouvernement Macron jugé insuffisant
Un point a toutefois réuni plusieurs candidats : la critique du bilan du gouvernement sortant en matière de climat. « Quand vous vous pensez insubmersible, vous supprimez la moitié des canots de sauvetage. C'est du déni climatique », a dénoncé Aurore Lalucq, tandis qu'Olivier Faure a déploré la réduction des moyens dédiés à l'environnement, notamment la baisse de financement du Fonds vert. « C'est de l'incompétence, de l'inconscience », a-t-il martelé.
Face à ces attaques, Christophe Béchu, ancien ministre et soutien d'Edouard Philippe, a tenté de défendre le bilan du gouvernement, évoquant « des caisses vides » et la mise en place du plan national d'adaptation. Agnès Pannier-Runacher a, elle, concédé que « l'on aurait dû aller beaucoup plus vite ».
Ce débat, bien que riche en échanges, n'a pas permis de dégager une vision commune pour l'avenir. Une absence de consensus qui contraste avec l'urgence climatique, alors que la température moyenne de la Terre s'est déjà réchauffée de 1,3°C depuis le XIXe siècle, un réchauffement inédit par sa rapidité et directement imputable aux activités humaines.