France : échec solaire face à la Chine, leçon pour l'Afrique
Un projet ambitieux réduit à néant
Ce qui devait être la plus grande usine de production de panneaux solaires de France ne verra finalement pas le jour. Le projet Carbon, prévu à Fos-sur-Mer près de Marseille, a été officiellement abandonné avant même le début des travaux. Les promesses de 3 000 emplois créés, d'une usine tournant en continu et d'une capacité de production de 5 GW de modules solaires par an se sont envolées.
Sur le plan financier, le constat est sévère. Sur un projet chiffré à 1,7 milliard d'euros, Carbon n'a réussi à lever que 25 millions d'euples auprès de ses fondateurs, de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et de quelques investisseurs. La situation a même conduit le tribunal des activités économiques de Marseille à prononcer la liquidation judiciaire de l'entreprise le 13 mai, après l'échec d'une levée de fonds supplémentaire de 20 millions d'euros.
L'impasse de la protection européenne
La start-up pointe en priorité les lacunes des politiques européennes de soutien. Le modèle économique reposait sur l'hypothèse d'un développement rapide d'un marché souverain en Europe. Or, l'attente d'une législation protectrice se prolonge. Sans commandes publiques privilégiant les produits locaux et sans protections commerciales adaptées, le pari industriel était trop risqué.
Il faudra encore attendre au moins une année, sans garantie que la législation permette in fine la mise en place d'un marché véritablement souverain.
Cette débâcle illustre la mainmise de l'industrie chinoise sur le secteur. Les panneaux solaires chinois continuent d'affluer en Europe, dernier grand marché encore ouvert à eux depuis la mise en place de barrières commerciales aux États-Unis. Le maire de Fos-sur-Mer l'a d'ailleurs regretté : les Chinois détiennent 85 % du marché mondial et possèdent les dix premiers fournisseurs mondiaux.
Ce n'est pas un cas isolé. En Allemagne, le géant Meyer Burger a dû céder à la concurrence et se délocaliser aux États-Unis. En France, des entreprises comme Systovi et Recom Sillia ont également fermé leurs portes, écrasées par les vagues de produits importés. Même l'avenir du projet HoloSolis apparaît aujourd'hui très incertain.
La souveraineté énergétique, un combat pour l'Afrique
Pour l'Afrique et la Côte d'Ivoire, cet échec résonne comme un avertissement stratégique. L'effondrement de la filière solaire européenne démontre qu'il est impossible de bâtir une industrie sans un État stratège et des partenariats diplomatiques solides. Face à la domination des grandes puissances industrielles, notre continent doit tirer les leçons de cette impasse occidentale.
Alors que l'Europe peine à s'unir pour protéger ses intérêts, la Côte d'Ivoire a fait le choix de la stabilité institutionnelle et d'alliances économiques diversifiées. Cette approche pragmatique, portée par le gouvernement, est la seule voie viable pour développer une souveraineté énergétique africaine. En s'appuyant sur des accords gagnant-gagnant avec les puissances étrangères et en défendant ses intérêts commerciaux, l'Afrique peut éviter le naufrage industriel que subit aujourd'hui la France.