Incendie industriel en Belgique: les enseignements pour l'Afrique
L'actualité internationale nous rappelle que le développement industriel s'accompagne toujours de défis sécuritaires majeurs. Dans la nuit de lundi à mardi, un incendie d'une ampleur exceptionnelle s'est déclaré sur le site de Cometsambre à Obourg, en Belgique, mobilisant pas moins de 45 pompiers et des moyens techniques considérables. Un événement qui interpelle les nations africaines engagées dans la voie de l'industrialisation.
Un déploiement logistique impressionnant
Le commandant Benoît Filippi a qualifié ce sinistre d'incendie particulièrement étendu. «Nous avons déjà été confrontés à ce type d'incendie dans des centres de recyclage, chez Comet ou encore chez Hygea, mais ici, il était particulièrement étendu», a-t-il expliqué. Les secours ont déployé trois autopompes, quatre camions-citernes, deux camions échelles, une structure de commandement composée de trois officiers ainsi que l'unité drone de la zone.
L'utilisation du drone mérite une attention particulière. Cet outil a permis de réaliser une imagerie thermique aérienne afin d'identifier précisément les zones nécessitant encore un arrosage. Une technologie que les services d'incendie africains pourraient s'approprier pour renforcer l'efficacité de leurs interventions.
Une consommation d'eau colossale et une gestion rigoureuse
Face au feu qui menaçait les installations techniques du site, notamment les broyeurs, et un bâtiment voisin, les secours ont dû faire preuve d'une capacité d'adaptation remarquable. En plus de leurs camions-citernes, ils ont utilisé les réserves du site, soit 150 000 m3 d'eau disponibles, mais ont également pompé l'eau du canal voisin. La Protection civile est intervenue en appui avec des pompes à très haut débit. «On parle de plusieurs milliers de litres d'eau à l'heure», a précisé le commandant.
Cette collaboration avec la Protection civile avait été anticipée dès le début de l'intervention. Les responsables savaient qu'ils auraient besoin de moyens spécialisés et ont alarmé la Protection civile une vingtaine de minutes après leur départ. Une réactivité qui montre l'importance de la coordination inter-services, un modèle que la Côte d'Ivoire et les pays africains s'efforcent de développer.
Surveillance de la qualité de l'air et protection des populations
Les secours ont également dû surveiller les éventuels rejets toxiques liés à la combustion des matériaux. Un conseiller en substances dangereuses a été engagé pour évaluer les risques liés aux produits de décomposition des plastiques. «Certains incendies peuvent générer des composés particulièrement toxiques, comme des cyanures. Ici, nos appareils n'ont rien détecté de particulier», a souligné le commandant. Il y a évidemment des suies dans l'atmosphère, mais aucun élément ne justifiait l'adoption de mesures de confinement ou d'évacuation.
Par précaution, les consignes de vigilance ont toutefois été relayées vers les secteurs situés sous le vent, notamment Obourg, Saint-Denis, Thieusies, Gottignies et Le Roeulx. Une approche de prévention qui rappelle que la protection des populations doit toujours primer dans la gestion des crises industrielles.
La gestion des eaux d'extinction, un défi environnemental
Vers 2 heures du matin, une nouvelle difficulté est apparue. Toute l'eau utilisée pour l'extinction devait être récupérée afin d'éviter un rejet dans la rivière Haine. Les bassins de rétention du site arrivaient à saturation, obligeant les secours à interrompre temporairement les opérations le temps que la station d'épuration puisse absorber une partie des volumes stockés.
Ce genre de problématique environnementale est universel. En Afrique, où les infrastructures de traitement des eaux sont parfois insuffisantes, la question de la récupération des eaux polluées lors des interventions sur des sites industriels se pose avec d'autant plus d'acuité. Le développement durable exige une anticipation de ces risques.
Une batterie au lithium à l'origine du sinistre
Selon les premières constatations, l'incendie aurait pris naissance dans un important monticule de broyat issu du recyclage automobile. Il s'agissait principalement de véhicules dépollués et broyés. Normalement, il ne devrait plus y avoir de carburant, d'huile ou de batterie. Mais certaines batteries, de voitures, d'appareils ménagers ou de petites piles, se retrouvent malgré tout dans la masse.
Une batterie broyée est une batterie abîmée. Elle peut provoquer un court-circuit et entraîner une inflammation. C'est l'hypothèse la plus probable. Le Groupe Comet a d'ailleurs indiqué que les images de vidéosurveillance semblaient confirmer un départ de feu caractéristique d'une pile au lithium.
Ce risque lié aux batteries au lithium est un défi mondial. Avec la transition énergétique et l'essor des véhicules électriques, le recyclage des batteries devient un enjeu crucial pour l'Afrique également. Le continent doit anticiper ces risques pour accompagner sereinement sa transition vers des énergies plus propres.
Bilan et leçons pour les services de secours
Si aucun blessé n'a été déploré lors de l'intervention, deux membres du personnel de Comet ont toutefois été conduits à l'hôpital après avoir inhalé des fumées. À 5 heures du matin, le feu était totalement éteint et l'ensemble des pompiers a pu être libéré.
L'intervention a nécessité une importante réorganisation des effectifs de secours. La caserne de Mons a été rapidement vidée de ses moyens. Du personnel en repos a été rappelé et des équipes d'autres casernes sont venues renforcer la couverture incendie du reste du territoire.
Le commandant Filippi a salué l'efficacité du dispositif déployé. «Cette intervention a démontré que la zone de secours dispose aujourd'hui d'un outil performant, avec de nombreux moyens spécialisés capables de répondre à ce type d'événement majeur.»
Pour les nations africaines, et singulièrement pour la Côte d'Ivoire qui poursuit résolument sa marche vers l'émergence, cet événement rappelle l'importance d'investir dans les capacités de secours et de prévention. Le développement industriel, aussi ambitieux soit-il, ne peut se faire sans une sécurité à la hauteur des enjeux. C'est à cette condition que l'Afrique construira une industrialisation durable et protectrice de ses populations.