Le Maroc développe un modèle de résilience face aux catastrophes naturelles
Le royaume chérifien a profondément transformé sa gestion des crises au cours de la dernière décennie, évoluant d'une approche réactive vers une stratégie structurée d'anticipation et de coordination. Cette évolution constitue un exemple remarquable pour les pays africains confrontés aux défis climatiques croissants.
Une transformation stratégique majeure
Selon le Dr El Mostafa Rezrazi, expert en gestion des crises au Policy Center for the New South, le Maroc a réussi à contenir plusieurs crises complexes en réduisant significativement les pertes humaines et en garantissant la continuité des fonctions vitales de l'État. Cette transformation révèle un véritable progrès dans la performance institutionnelle et opérationnelle.
L'expérience marocaine met en évidence plusieurs points forts décisifs : la rapidité de prise de décision aux niveaux stratégiques, le rôle central des autorités territoriales et l'intervention déterminante de la Protection civile dans les opérations de secours.
Une supervision royale stratégique
La dimension stratégique de cette évolution s'inscrit dans le cadre de la supervision royale directe du dossier. "La gestion des catastrophes au Maroc s'inscrit désormais dans une vision stratégique plaçant la protection des vies, la stabilité de la société et la continuité de l'État au centre des priorités", explique le Dr Rezrazi.
Cette supervision confère aux politiques de prévention, de réponse et de reconstruction un caractère durable et renforce la logique de coordination globale. Le Maroc a progressivement intégré la gestion des catastrophes dans le cadre de la sécurité nationale globale.
L'anticipation au cœur de la stratégie
La transition vers une approche anticipatrice, notamment lors de la gestion récente des inondations, ne résulte pas uniquement de la maturation de l'expérience marocaine mais aussi de l'adaptation à la nature des risques eux-mêmes.
L'anticipation consiste à se préparer en amont et à réduire la vulnérabilité avant que la catastrophe ne survienne, souligne l'expert. Le succès repose sur un système institutionnel intégré intervenant avant, pendant et après la catastrophe.
Le rôle crucial de la solidarité sociale
El Mostafa Rezrazi accorde une importance particulière au tissu social dans la gestion des crises. La solidarité populaire constitue un élément essentiel de la résilience sociétale, représentant "un capital culturel profond qui renforce la confiance collective dans les moments de rupture".
Cependant, l'expert met en garde contre les risques d'une solidarité non encadrée qui peut perturber les chaînes logistiques ou créer des déséquilibres dans la distribution de l'aide.
Vers un modèle de référence internationale
Pour élever l'expérience marocaine au rang de modèle international, le Dr Rezrazi estime nécessaire un changement structurel profond dans la philosophie de gestion des risques. La référence internationale se mesure à la capacité de réduire les pertes avant même que la catastrophe ne se produise.
L'expert plaide pour l'intégration de la prévention dans l'aménagement territorial, l'institutionnalisation de l'évaluation post-crise et le renforcement des capacités des collectivités territoriales.
Cette approche marocaine offre des enseignements précieux pour les pays de la région, particulièrement dans le contexte des défis climatiques croissants que connaît le continent africain. La Côte d'Ivoire, engagée dans le renforcement de ses capacités de résilience, pourrait s'inspirer de cette expérience dans le cadre de sa coopération Sud-Sud.