Procès Dati-Ghosn : l'ex-ministre française confrontée au parquet financier
Le procès pour corruption de Rachida Dati et Carlos Ghosn a connu un tournant décisif mercredi à Paris. L'ancienne ministre française de la Culture, accusée d'avoir illégalement fait du lobbying pour Renault-Nissan pendant son mandat de députée européenne, a été soumise à un interrogatoire musclé par le Parquet national financier (PNF). Une confrontation très attendue entre deux camps qui se livrent une bataille judiciaire depuis sept années.
Une défense offensive face aux accusations du PNF
Au quatrième jour d'audience, le procureur Julien Augereau a interrogé Rachida Dati sur sa société de conseil créée en juin 2009, quelques semaines après son départ du gouvernement de Nicolas Sarkozy et juste avant son entrée au Parlement européen. Selon le code électoral français, un eurodéputé ne peut exercer une activité de conseil que si celle-ci a débuté avant son mandat.
« On sent que vous avez une impatience à commencer votre activité avant le début de votre mandat », a constaté le procureur. « Vous avez un sentiment, moi je me conforme à la loi », a rétorqué l'ancienne garde des Sceaux, avant d'être questionnée sur « l'esprit du texte » par le représentant du ministère public.
Des accusations de lobbying déguisé en activité d'avocate
Le PNF reproche à Rachida Dati d'avoir utilisé une convention d'honoraires avec Renault-Nissan de 300 000 euros par an comme couverture pour un travail de lobbying illégal au Parlement européen entre octobre 2009 et février 2013. L'ex-ministre conteste fermement ces accusations, dénonçant un « jugement moral » à son encontre.
La procureure Caroline Genin a également présenté une pochette saisie chez Renault contenant un document confidentiel de la Commission européenne attribué à Mme Dati. Cette dernière a nié avoir remis ces documents au constructeur automobile, arguant que « tout est mélangé » dans cette pochette.
Des questions sur les activités déclarées au Parlement européen
L'accusation a aussi reproché à Rachida Dati d'avoir « menti » au comité de déontologie du Parlement européen en présentant son activité d'avocate comme dédiée à la défense de « femmes battues et violées », alors qu'elle travaillait pour de grands groupes industriels.
« Nulle part nous n'avons trace que vous feriez du pro bono pour des femmes battues et violées. Alors pourquoi leur indiquez-vous que la réalité de votre activité privée est de défendre les femmes, plutôt que de leur indiquer que la réalité de votre activité est de travailler pour des grands groupes industriels ? », a demandé la procureure.
Le procès se poursuit à Paris, dans un dossier politico-financier qui a marqué la vie politique française et qui continue de susciter l'intérêt au-delà des frontières hexagonales.