Procès Rachida Dati : Carlos Ghosn joue la montre, la justice française s'impatiente
Paris, France - L'ancien patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, a tenté de faire annuler sa convocation au procès de Rachida Dati pour corruption et trafic d'influence, en retardant volontairement la réception de son courrier officiel. Le tribunal correctionnel de Paris a dû démêler cette manœuvre procédurale lors de l'audience du 16 septembre.
Une convocation qui arrive trop tard
Carlos Ghosn, en exil au Liban depuis son évasion spectaculaire du Japon en 2019, devait recevoir sa convocation avant le 6 juillet. Le Parquet national financier (PNF) avait émis le document à l'automne 2025, mais celui-ci n'est arrivé au consulat français à Beyrouth que récemment. L'homme d'affaires a attendu que la date fatidique soit passée pour venir chercher son courrier, puis a demandé le renvoi du procès en invoquant une convocation invalide.
Cette stratégie n'a pas trompé les juges ni les parties civiles. Maître Kami Haeri, avocat de Renault, a dénoncé une « volée de moineaux » : « Tout est fait pour créer l'apparence qu'il est dans l'ignorance de ce qu'il se passe. » Le PNF rappelle que Ghosn, entouré d'une équipe d'avocats, a multiplié les recours ces dernières années, preuve qu'il suit le dossier de près.
Un contrat de 900 000 euros au cœur de l'affaire
Rachida Dati, ancienne ministre de la Justice et eurodéputée, est poursuivie pour avoir perçu trois versements de 300 000 euros entre 2009 et 2013. Officiellement, elle devait fournir une assistance juridique à Renault pour son développement au Maghreb. Mais les enquêteurs n'ont trouvé aucune trace d'une activité juridique réelle.
En revanche, ils ont relevé des actes de la députée au Parlement européen favorables aux intérêts de la firme, sans qu'elle ne mentionne ses liens contractuels. Des questions écrites à la Commission européenne et des prises de position pro-Renault ont été identifiées.
La défense de Rachida Dati plaide pour un procès rapide
L'avocate de la femme politique, Maître Pardo, affirme que sa cliente ne cherche pas à retarder le procès : « Rachida Dati ne demande pas le renvoi, elle veut être jugée car elle veut être relaxée. » Elle a toutefois souligné que l'absence de confrontation avec Carlos Ghosn pourrait nuire aux droits de la défense.
L'ancien PDG, entendu au Liban en 2021, avait alors déclaré que les services de Rachida Dati relevaient plus de la « diplomatie des affaires » que d'une prestation d'avocate. Une déclaration qui n'aide pas la prévenue.
Un procès sous haute tension
Ce procès met en lumière les relations troubles entre le monde politique et les grandes entreprises françaises. Il intervient dans un contexte où la justice française tente de lutter contre la corruption et le trafic d'influence, malgré les obstacles procéduraux.
Le tribunal doit maintenant décider si la citation de Carlos Ghosn est valable ou si le procès doit être reporté. Une décision attendue dans les prochains jours.
Photo : SudOuest.fr