Près d'un mois après la collision entre un scooter et une voiture de police à Saint-Pierre-des-Corps, l'affaire continue de faire parler d'elle. Le jeune conducteur, toujours hospitalisé, a reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF), tandis que le policier impliqué, élu local du Rassemblement national, fait déjà l'objet d'une plainte pour violences avec arme. Trois enquêtes sont en cours pour faire la lumière sur ces événements qui ont secoué la ville de l'Indre-et-Loire.
Que s'est-il passé à Saint-Pierre-des-Corps ?
Dans la nuit du 19 au 20 septembre, une intervention policière contre des rodéos urbains a tourné au drame. Un véhicule de police a percuté un scooter conduit par un jeune homme de 22 ans, grièvement blessé à la jambe. La collision a déclenché un épisode de violences urbaines impliquant plusieurs dizaines de jeunes dans la commune proche de Tours.
Les autorités ont ouvert trois enquêtes distinctes : une pour rodéos urbains et refus d'obtempérer, une pour les émeutes, et une troisième pour déterminer les circonstances exactes de la blessure du jeune homme. Selon son avocat, le conducteur aurait « voulu s'arrêter » en voyant le véhicule de police. Un détail troublant : aucun des policiers présents n'a activé sa caméra-piéton lors des faits, comme l'a rapporté France Inter.
Une OQTF notifiée au jeune homme toujours hospitalisé
La victime, qui a subi deux opérations, était toujours alitée à l'hôpital en fin de semaine dernière. C'est dans ce contexte que le préfet d'Indre-et-Loire a confirmé la notification d'une OQTF au jeune homme, intervenue fin septembre. Une décision que le préfet justifie par des antécédents judiciaires : « Ce monsieur a sollicité un titre de séjour en février 2026. Sa demande a été refusée au motif qu'il constituait une menace grave pour l'ordre public. Il a notamment été condamné en février 2026 pour conduite sans permis et usage illicite de stupéfiants. »
L'avocat de la victime, Maître Abed Benjador, a exprimé son incompréhension face au timing de cette procédure : « J'ai un client qui est alité à l'hôpital, qui a fait l'objet de deux opérations, avec une famille réunie autour de lui. Aujourd'hui, il y a cette OQTF qui tombe. Je trouve que le timing est particulier. »
Le policier impliqué est un élu du Rassemblement national
Le fonctionnaire de police de 36 ans, qui conduisait le véhicule, a d'abord été placé en garde à vue avant d'obtenir le statut de témoin assisté. La presse locale a révélé qu'il est également élu du Rassemblement national dans la Vienne, où il s'était présenté aux élections municipales de son village. Il est aujourd'hui en arrêt maladie.
Cette révélation a suscité de vives réactions dans le camp politique de gauche. Le député insoumis Éric Coquerel a ironisé : « Comme à Carcassonne, le policier impliqué à Saint-Pierre-des-Corps dans une collision avec une moto appartient au RN. Étonnant non ? » Le socialiste Olivier Faure a renchéri : « L'extrême droite plaidera encore le hasard. »
Une plainte pour violences avec arme déjà déposée contre le policier
Le dossier s'est encore alourdi avec la révélation par Le Parisien et La Nouvelle République d'une plainte antérieure contre le même policier. En janvier 2026, lors d'une intervention dans le quartier de Sanitas à Tours, il avait ouvert le feu sur une voiture refusant de s'arrêter. Le conducteur, condamné pour refus d'obtempérer, affirme avoir été blessé par une balle, même si le tribunal a estimé qu'il s'agissait d'éclats de verre. L'issue de cette plainte reste inconnue.
L'avocat de la victime réclame des investigations approfondies
Face à ces révélations, Maître Benjador attend des réponses : « Je souhaite des investigations à la hauteur des révélations qui sont faites, d'abord dans l'intérêt de la manifestation de la vérité et pour apaiser une situation qui est susceptible de se tendre. »
Cette affaire, qui mêle violences policières, questions migratoires et appartenance politique, continue de diviser l'opinion publique française. Les prochaines semaines seront décisives pour établir les responsabilités de chacun et apaiser les tensions dans cette commune de la région Centre-Val de Loire.
Photo : RTL.fr
