Mariage sous OQTF : Robert Ménard assume son refus devant la justice française
Le maire de Béziers, Robert Ménard, a comparu mercredi devant le tribunal correctionnel de Montpellier pour avoir refusé de célébrer le mariage d'un Algérien en situation irrégulière avec une Française en 2023. L'élu, qui encourt jusqu'à cinq ans de prison, 75.000 euros d'amende et une peine d'inéligibilité, a affirmé assumer pleinement sa décision, déclarant : « Je savais les risques que je prenais ».
Un refus fondé sur des soupçons de mariage blanc
En juillet 2023, Robert Ménard avait refusé d'unir Eva M., citoyenne française, et Mustapha B., ressortissant algérien sous obligation de quitter le territoire français (OQTF), invoquant ses soupçons de « mariage blanc ». Quelques jours plus tard, l'homme avait été expulsé vers l'Algérie. Le couple s'est finalement marié dans ce pays durant l'été 2026, mais vit aujourd'hui séparé, Eva M. résidant en France avec ses enfants.
« Un maire ne doit pas être obligé de marier quelqu'un qui ne doit pas être sur le territoire »
À la barre, le maire de Béziers a justifié sa position en soulignant la contradiction entre ses fonctions. « Je suis officier d'état civil et je sais que je dois marier des gens. Mais je suis aussi OPJ (officier de police judiciaire) et à ce titre, je m'occupe de la sécurité, de la tranquillité », a-t-il expliqué. Interrogé sur son comportement face à une situation similaire, il a répondu qu'il prendrait la même décision.
Un soutien politique de poids
Plusieurs responsables politiques ont comparu à ses côtés pour soutenir sa position. Le sénateur Stéphane Demilly (UDI), auteur d'une proposition de loi visant à interdire le mariage aux personnes en situation irrégulière, a estimé que « la loi actuellement est obsolète, dépassée ». Bruno Retailleau (LR), ancien ministre de l'Intérieur, a déclaré qu'à la place de Robert Ménard, « je ne l'aurais pas marié ». David Lisnard, maire de Cannes et président de l'Association des maires de France, a également défendu la décision de l'élu.
Une situation « ubuesque » selon Emmanuel Macron
La question avait déjà suscité des réactions au sommet de l'État. En 2025, Emmanuel Macron avait qualifié d'« ubuesque » la situation des maires contraints de célébrer le mariage de personnes en situation irrégulière. Au Parlement, les députés ciottistes cherchent à faire aboutir la proposition de loi de Stéphane Demilly, tandis que la gauche s'y oppose.
Le traumatisme de la mariée
Eva M. a décrit devant le tribunal les conséquences du mariage annulé. Elle a évoqué un « traumatisme » et raconté qu'après l'annonce publique du refus du maire, « on s'est fait huer sur la place de la mairie, mes enfants aussi ». « Monsieur Ménard s'est mis tout seul dans cette situation », a-t-elle estimé, s'interrogeant : « Pourquoi a-t-il publié les bans ? Pourquoi a-t-il fixé une date de mariage ? ». Son avocate, Me Vanessa Edberg, a demandé à Robert Ménard si son choix avait été dicté « par conviction politique », ce qu'il a contesté : « Non madame, mes convictions politiques n'ont rien à voir là-dedans ».
Quelles conséquences pour la politique migratoire française ?
Cette affaire relance le débat sur la politique migratoire française et le rôle des maires dans l'application des OQTF. La proposition de loi de Stéphane Demilly, si elle aboutit, pourrait modifier en profondeur la législation actuelle. L'issue du procès de Robert Ménard, attendue dans les prochaines semaines, sera scrutée de près par les observateurs politiques.