Assurance récolte en France : un système en crise malgré des milliards d'aides publiques
Alors que la France traverse un été caniculaire aux conséquences désastreuses pour ses agriculteurs, une réalité préoccupante émerge : moins d'un agriculteur sur cinq est couvert par une assurance récolte. Ce constat, dressé par la ministre de l'Agriculture Annie Genevard le 4 septembre, révèle les limites d'un système pourtant réformé en profondeur depuis 2023.
Un dispositif à plusieurs étages qui peine à convaincre
La réforme de 2022, entrée en vigueur le 1er janvier 2023, a bouleversé le régime de gestion des risques climatiques en agriculture, en place depuis les années 60. Le nouveau système repose sur une logique à plusieurs niveaux : les aléas courants restent à la charge de l'agriculteur, tandis que l'État subventionne à 70% les assurances multirisques climatiques (MRC) privées. Seuls les aléas exceptionnels, dépassant 30% ou 50% des pertes selon les filières, sont pris en charge par la puissance publique.
Les objectifs affichés étaient ambitieux : couvrir 60% des surfaces en grandes cultures, légumes et viticulture, et 30% en arboriculture et prairies d'ici 2030. Pour y parvenir, 560 millions d'euros ont été mobilisés dès le départ, portés à 600 millions en 2025.
Un démarrage encourageant, puis un essoufflement
Les premiers résultats ont été prometteurs. Entre 2022 et 2023, les surfaces assurées ont progressé de plus d'un tiers, passant de 17% à 23,4%. L'arboriculture et les prairies, historiquement peu couvertes, ont connu des bonds spectaculaires, passant respectivement de 1,5% à 14,4% et de 0,5% à 9,1% entre 2022 et 2024.
Mais dès 2024, la dynamique s'est inversée. En 2025, les surfaces assurées ont plafonné à 22,5%, bien loin des objectifs fixés. La Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale a constaté dans un rapport de début 2026 que « les taux de couverture restent très éloignés des objectifs prévus par le législateur ».
Le piège de la « moyenne olympique »
Les députés pointent plusieurs facteurs d'échec. D'abord, un climat favorable en 2023 et 2024 a incité les agriculteurs à baisser la garde. Surtout, l'équation économique du système est mal calibrée. Le calcul des pertes se fonde sur une « moyenne olympique » des productions passées. Or, avec l'intensification du changement climatique, les rendements baissent, ce qui réduit mécaniquement les indemnisations, tandis que les primes augmentent en raison des risques accrus.
Le député David Taulpiac illustre ce paradoxe : « Dans le Gers, où la moyenne olympique de production de vin a chuté de 90 à 60 hectolitres par hectare en 3-4 ans, on est passé de 80% à 20% d'assurés dans le même laps de temps. »
À cela s'ajoutent des dysfonctionnements techniques, notamment pour l'assurance des prairies, dont l'évaluation des pertes repose sur des images satellitaires d'Airbus, ainsi que des franchises importantes qui découragent les petits exploitants.
Quelles solutions pour refonder le système ?
Le gouvernement promet un allongement de la « moyenne olympique », qui nécessite l'accord de Bruxelles. Mais cette mesure ne ferait que repousser le problème, selon le député Julien Brugerolles, qui appelle à « refonder complètement le système ».
Plusieurs pistes émergent. David Taulpiac propose de rendre obligatoires des socles minimaux d'assurance pour mieux répartir les risques et faire baisser les primes. Julien Brugerolles, lui, prône dans une proposition de loi le retour à un véritable régime public des calamités, cofinancé par l'État et l'ensemble de la filière agricole, intégrant également les risques sanitaires et environnementaux.
Alors que la crise actuelle pourrait renforcer la méfiance des agriculteurs plutôt que les inciter à s'assurer davantage, l'avenir du système d'assurance récolte français reste incertain. Une leçon à méditer pour tous les pays agricoles confrontés aux défis du changement climatique.