Libérée après quatre années de détention, Ama Forson, une Ghanéenne de 68 ans originaire de Nyanyano, raconte le calvaire d'une erreur judiciaire qui lui a coûté sa liberté, ses biens et la vie de son fils unique. Condamnée en première instance à 15 ans de prison pour trafic de drogue, elle a finalement été acquittée en appel, mais le traumatisme reste profond.
Son témoignage, recueilli par la chaîne YouTube Crime Check TV et rapporté selon AfrikMag, émeut le Ghana depuis sa publication début novembre. Au-delà du drame individuel, cette affaire interroge le fonctionnement de la justice dans un pays voisin de la Côte d'Ivoire, membre comme elle de la CEDEAO.
Une vendeuse de nourriture accusée de trafic de cannabis
Au moment des faits, Ama Forson gagnait modestement sa vie en vendant de la nourriture et des boissons alcoolisées du côté d'ACC, la capitale. Sans logement fixe, un propriétaire lui avait autorisé à dormir dans un bâtiment en chantier. Ce qu'elle ignorait, c'est que ce lieu servait aussi de repaire à des consommateurs de stupéfiants.
Un jour, alors qu'elle s'apprêtait à faire une course pour son employeuse, son jeune enfant la prévient dans la précipitation : une dizaine de policiers la recherchent. Ils la soupçonnent de vendre du cannabis, appelé « Wee » au Ghana. Confiance en son innocence, elle décide d'aller elle-même à la rencontre des forces de l'ordre pour dissiper le malentendu.
Ce geste de bonne foi marque le début du cauchemar. Dès son arrivée, les agents lui passent les menottes sous les yeux de son enfant en larmes.
« Je me disais que si je vendais du cannabis et de la nourriture, je ne serais même pas venue quand vous m'avez appelée. Mais ils ont dit que je devais aller au poste de police d'ACC. Mon enfant nous a suivis en pleurant. Quelqu'un l'a pris en charge et j'ai passé la nuit dans les cellules d'ACC »
Deux ans de détention provisoire avant même de voir un juge
Transférée le lendemain au poste de police de Kasoa, elle se voit imputer la propriété d'un sac pour femme découvert sur les lieux, contenant du papier d'emballage de ciment et une bouteille renfermant une substance assimilée à du cannabis. Malgré ses protestations répétées et l'absence de preuves matérielles directes, ses accusateurs restent sourds à ses dénégations.
Suit alors une dérive procédurale d'une gravité exceptionnelle. Ama Forson passe plus de deux ans en détention provisoire, dans des conditions sordides, avant même d'être présentée à un juge. Plus grave encore, elle affirme avoir dû financer elle-même le carburant des véhicules de police pour qu'ils acceptent de la transporter à ses audiences.
À l'issue du procès, la sentence tombe : 15 ans de prison ferme. Elle est transférée à la prison de sécurité moyenne pour femmes de Nsawam. Ne maîtrisant pas le langage juridique, elle n'apprend sa peine que par l'intermédiaire d'un tiers présent dans la salle d'audience.
L'acquittement en appel, puis la découverte du pire
La mobilisation de défenseurs des droits humains et la procédure d'appel engagée en son nom finissent par payer. La justice ghanéenne reconnaît l'erreur judiciaire et, après quatre longues années de réclusion, Ama Forson est acquittée et libérée.
Mais le retour à la liberté n'apporte pas la paix escomptée. À sa sortie de prison, la sexagénaire découvre que son fils unique est décédé durant son incarcération. Dépossédée de tous ses biens, sans ressources financières et marquée par la stigmatisation sociale, elle vit aujourd'hui dans un état de détresse psychologique extrême.
« Vu tout ce que j'ai traversé, si je trouve du poison, je le boirai juste pour mourir et en finir. Je pleure sans arrêt, tout ce que j'avais a été détruit et quand je suis sortie, mon enfant était mort lui aussi »
Ce récit rejoint d'autres témoignages douloureux diffusés ces derniers jours au Ghana, notamment celui d'un ancien détenu qui a confié à GhanaWeb que son passé carcéral avait coûté son mariage à sa femme. La chaîne Crime Check TV, qui a recueilli les confidences d'Ama Forson, s'est fait une spécialité de ces récits de réinsertion, comme en témoigne le témoignage rapporté par Adomonline sur les conditions de vie après la prison.
Une justice régionale sous surveillance
Pour les observateurs ouest-africains, l'affaire Ama Forson rappelle que la qualité de la justice est un enjeu démocratique majeur dans la sous-région. La Côte d'Ivoire, qui a entrepris depuis plusieurs années une modernisation de ses juridictions et un renforcement des droits de la défense, a tout intérêt à ce que ses voisins, starting le Ghana, garantissent des procès équitables. Les échanges judiciaires entre les deux pays, notamment sur les questions de stupéfiants, exigent une confiance mutuelle dans les institutions.
L'acquittement final d'Ama Forson prouve que les mécanismes d'appel fonctionnent, mais au prix de quatre années irrécupérables pour une femme âgée. Reste à savoir si l'État ghanéen lui accordera une réparation, alors qu'elle a tout perdu : sa maison, sa source de revenus, et son enfant.
Questions fréquentes
Qui est Ama Forson ?
Ama Forson est une Ghanéenne de 68 ans, originaire de la localité de Nyanyano, ancienne vendeuse de nourriture et de boissons alcoolisées à ACC, acquittée en appel après quatre ans de détention pour un trafic de drogue qu'elle a toujours nié.
Combien de temps Ama Forson a-t-elle passée en prison ?
Elle a purgé quatre années de détention, dont plus de deux ans en détention provisoire avant même d'être jugée, sur une peine initiale de 15 ans de prison ferme.
Pourquoi a-t-elle été acquittée ?
Grâce à la mobilisation de défenseurs des droits humains et à la procédure d'appel engagée en son nom, la justice ghanéenne a reconnu l'erreur judiciaire et prononcé son acquittement.
Qu'est devenue sa famille après sa libération ?
Selon son témoignage, son fils unique est décédé pendant son incarcération. Elle a également perdu tous ses biens et vit aujourd'hui dans une grande précarité, sans ressources financières.
