Iabloko exclu des législatives russes : la Cour suprême valide la censure antiguerre
À quelques semaines des élections législatives en Russie, la Cour suprême a annulé l'enregistrement de la liste de candidats du parti libéral Iabloko, le seul parti antiguerre encore en activité dans le pays. Cette décision, rendue lundi, prive les électeurs opposés au conflit ukrainien d'une voix légale dans les urnes.
Pourquoi Iabloko a-t-il été exclu des élections ?
La Cour suprême a accepté les demandes d'annulation de l'enregistrement de la liste de Iabloko, déposées par une formation nationaliste pro-Kremlin. Le juge Viatcheslav Kirillov a annoncé que les recours étaient validés, contestant le feu vert initial de la Commission électorale centrale. Une centaine de sympathisants, principalement des jeunes, se sont rassemblés devant la Cour en scandant « Honte ! Honte ! ».
Le dirigeant du parti, Nikolaï Rybakov, a annoncé son intention de faire appel. « Un long chemin nous attend et nous avons une tâche vaste et importante : mettre fin aux morts et ramener la paix », a-t-il déclaré après le jugement.
Un parti affaibli mais porteur d'un message de paix
Iabloko, fondé après la disparition de l'URSS et longtemps associé au courant libéral tourné vers l'Occident, n'est plus représenté à la Douma depuis 2007. Le parti espérait faire de ces législatives un baromètre de l'opposition à la guerre, engagée depuis quatre ans et demi. « Notre bulletin de vote est la seule possibilité légale de se prononcer pour la paix », avait récemment affirmé Nikolaï Rybakov.
Malgré un faible niveau d'intentions de vote, crédité à 3 % dans un sondage récent, Iabloko observait une mobilisation parmi de jeunes Russes mécontents des restrictions sur Internet et de la propagande gouvernementale. Selon des enquêtes de l'institut Levada, désigné « agent de l'étranger » par Moscou, 64 % des personnes interrogées étaient favorables à des négociations de paix avec Kiev, contre 29 % souhaitant la poursuite des combats.
Une répression qui s'intensifie contre les opposants
Dans un contexte où la plupart des opposants à Vladimir Poutine sont emprisonnés, en exil ou morts, Iabloko bénéficiait du soutien de figures de l'opposition installées à l'étranger, notamment Ioulia Navalnaïa, veuve d'Alexeï Navalny, mort en prison en 2024. Tous deux sont classés comme « extrémistes » en Russie.
La formation politique est elle-même confrontée à des poursuites visant plusieurs de ses membres. « Une quarantaine de nos militants font l'objet de poursuites », a indiqué Nikolaï Rybakov, qui a été condamné à une amende après avoir publié une photo d'Alexeï Navalny. Huit membres de Iabloko sont actuellement détenus, parmi lesquels Maxime Krouglov, adjoint de M. Rybakov, condamné fin juin à sept ans de prison pour diffusion de « fausses informations » sur les forces russes.
FAQ : Ce qu'il faut retenir
Quel est l'impact de cette exclusion sur les élections russes ?
Cette décision élimine la seule option légale pour les électeurs opposés à la guerre en Ukraine, renforçant le contrôle du Kremlin sur le scrutin législatif de septembre.
Iabloko a-t-il une chance de faire appel ?
Le parti a annoncé son intention de faire appel, mais dans un système judiciaire largement aligné sur le pouvoir, les chances de succès sont minces.
Quel est le niveau de soutien à la paix en Russie ?
Selon des sondages de l'institut Levada, 64 % des Russes interrogés sont favorables à des négociations de paix avec Kiev, malgré la propagande gouvernementale.
Photo : 20minutes