Patrimoine et urbanisme à Carcassonne : des fouilles archéologiques préventives envisagées avant le nouvel office de tourisme
Par Franck Kouamé
La ville de Carcassonne, dans le sud de la France, s'apprête à fusionner ses deux offices de tourisme en une entité unique, installée dans l'ancien couvent des Carmélites, rue du Pont Vieux. Mais ce projet, prévu pour 2026, pourrait être retardé par une question patrimoniale : la nécessité de mener des fouilles archéologiques préventives. Selon l'historien local Martial Andrieu, le site recèlerait les vestiges des anciennes fortifications de la Bastide Saint-Louis, détruites en 1355 par le Prince Noir.
Un projet touristique majeur pour Carcassonne
Depuis plusieurs années, la ville de Carcassonne fonctionne avec deux offices de tourisme : l'un municipal, scindé entre la Bastide et la Cité, et l'autre intercommunal, dit « Grand Carcassonne ». La fusion de ces deux structures en un seul office intercommunal est désormais imminente. Dans le cadre de l'Opération Grand Site (OGS) et après la requalification de la rue du Pont Vieux, la municipalité a racheté en 2021 le couvent des Carmélites, un bâtiment en ruine. Les travaux d'aménagement doivent débuter fin 2024, pour une livraison prévue en 2026. Ce nouvel office de tourisme accueillera également un centre d'interprétation de l'OGS, renforçant ainsi l'attractivité touristique de la cité médiévale.
Des vestiges historiques sous le couvent des Carmélites
Martial Andrieu, passionné d'histoire locale, alerte sur la présence potentielle de vestiges archéologiques majeurs. Il rappelle qu'en 1992, lors de la construction de l'hôtel des Trois Couronnes, le « grand cimetière des pestiférés » avait été mis au jour sous l'actuel parking souterrain. Selon lui, les anciennes fortifications de la ville, antérieures à l'incendie de 1355, s'étendraient le long du couvent des Carmélites. « Les fondations traversent la rue du Pont Vieux », affirme-t-il, citant le rapport archéologique de l'époque dirigé par Marie-Elise Gardel, archéologue médiéviste. Il invoque la loi de 2001 sur l'archéologie préventive, qui impose des diagnostics et des fouilles avant tout chantier d'aménagement dans des zones sensibles.
La position de la mairie : prudence et pragmatisme
Interrogé, le cabinet du maire de Carcassonne se montre prudent. « Pour l'instant, des fouilles préventives ne sont pas au programme », indique-t-on, précisant que les travaux en cours concernent la partie bâtimentaire, tandis que le parvis relève de l'OGS. Une réunion avec l'architecte des Bâtiments de France est prévue dans les prochains jours. « Suite à cette rencontre, nous saurons s'il est indispensable de réaliser des fouilles. Nous voulons commencer ce projet le plus rapidement possible et dans les meilleures conditions financières. Cela dit, si des fouilles doivent être réalisées, elles seront faites », assure la municipalité.
Un enjeu entre développement et préservation
Ce dossier illustre un équilibre délicat entre la modernisation des infrastructures touristiques et la préservation du patrimoine historique. Pour Carcassonne, ville classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, chaque chantier est potentiellement une fenêtre ouverte sur le passé. La décision finale dépendra des recommandations des experts, mais l'engagement de la mairie à respecter la loi rassure les défenseurs du patrimoine. Ce projet, s'il aboutit, renforcera l'attractivité de la cité tout en honorant son histoire millénaire.
Photo : lindependant.fr