Primes au retour des réfugiés : la Scandinavie se divise, quelles leçons pour l’Afrique ?
Le Danemark et la Suède misent sur des primes au retour pour encourager les réfugiés à quitter volontairement leur territoire. Les montants peuvent atteindre près de 30 000 francs par adulte et dépasser 70 000 francs pour une famille avec enfants. Une politique qui suscite des critiques et interroge, alors que la Côte d’Ivoire, terre d’accueil et de retour, observe ces évolutions.
Comment le Danemark et la Suède en sont-ils arrivés là ?
Le Danemark fait figure de pionnier en Europe dans ce domaine. Depuis une dizaine d’années, les gouvernements successifs, y compris sociaux-démocrates, ont progressivement durci leur politique migratoire autour d’un principe : la protection doit être temporaire. Si la situation s’améliore dans le pays d’origine, les réfugiés sont encouragés à rentrer. Après la chute du régime de Bachar al-Assad, Copenhague a estimé qu’il fallait renforcer ces incitations au retour des Syriens.
La Suède, longtemps considérée comme l’un des pays les plus ouverts d’Europe en matière d’asile, a elle aussi changé de cap depuis l’arrivée au pouvoir, en 2022, d’une coalition de droite soutenue par l’extrême droite. Le gouvernement a repris le modèle danois en augmentant fortement l’aide au retour, avec l’objectif de réduire l’immigration et de privilégier les retours volontaires plutôt que des expulsions souvent difficiles à mettre en œuvre.
Quel bilan pour ces primes au retour ?
Pour l’heure, les effets restent modestes. Au Danemark, le nombre de retours a augmenté : 665 Syriens sont rentrés volontairement en 2025, davantage que les années précédentes. Ce chiffre demeure toutefois faible au regard des quelque 46 000 Syriens vivant dans le pays. En Suède, les autorités ont enregistré davantage de demandes depuis la hausse de la prime, mais de nombreux dossiers ont été refusés parce qu’ils ne remplissaient pas les critères.
Les chercheurs et les associations rappellent que la décision de rentrer ne dépend pas uniquement de l’aspect financier. Beaucoup de réfugiés vivent en Scandinavie depuis dix ou quinze ans, travaillent, ont des enfants scolarisés et considèrent désormais ces pays comme leur foyer. Ils soulignent également que la situation en Syrie reste jugée trop instable par de nombreuses personnes pour envisager un retour dans de bonnes conditions.
Une mesure qui divise profondément
Ces primes au retour font l’objet de débats au Danemark comme en Suède. Pour leurs partisans, le retour volontaire constitue une solution plus humaine que les expulsions forcées et permet de limiter les coûts liés à l’accueil des réfugiés. À l’inverse, les associations de défense des réfugiés et une partie de la gauche estiment que ces aides envoient un signal négatif aux personnes qui ont construit leur vie dans ces pays. Elles dénoncent également le paradoxe d’offrir de l’argent pour rentrer alors que la situation dans certains pays, comme la Syrie, reste instable.
En Suède, plus de 130 des 290 municipalités ont par ailleurs refusé d’aider le gouvernement à promouvoir ces retours. Elles jugent que cette politique stigmatise les immigrés, alors même qu’ils contribuent souvent à l’économie locale, notamment dans des secteurs confrontés à une pénurie de main-d’œuvre.
Quelles leçons pour la Côte d’Ivoire et l’Afrique ?
Cette expérience scandinave interroge directement les politiques migratoires africaines. La Côte d’Ivoire, qui a accueilli des réfugiés de pays voisins comme le Liberia ou la Côte d’Ivoire elle-même, connaît bien les enjeux de retour et de réintégration. Les primes au retour, si elles sont envisagées, doivent s’accompagner de garanties solides sur la sécurité et les opportunités économiques dans les pays d’origine. L’exemple suédois montre que l’argent seul ne suffit pas à convaincre des familles bien intégrées de repartir.
Pour l’Afrique, la priorité reste de créer des conditions de vie dignes pour prévenir les départs forcés, tout en offrant des solutions durables aux réfugiés déjà installés. Les leçons de la Scandinavie rappellent que toute politique migratoire doit concilier humanité, pragmatisme et respect des droits fondamentaux.