Le Maroc a suspendu, à partir du 4 novembre 2026, la délivrance de nouveaux permis d'exportation de tomates vers les marchés africains, afin de réapprovisionner son marché intérieur où les prix ont dépassé 12 dirhams (environ 1,30 dollar) le kilogramme. Les expéditions vers l'Europe, où la tomate marocaine se vend plus cher, ne sont pas concernées par la mesure.
L'information, révélée par AfrikMag, a été confirmée par Morocco World News, qui cite une source gouvernementale ayant indiqué à Reuters que la suspension est temporaire, sans qu'aucune date de reprise n'ait été communiquée.
Ce que dit exactement la mesure marocaine
Contrairement à une idée reçue, Rabat n'a pas ordonné l'arrêt de tous les camions. Selon le rapport du quotidien marocain La Relève, repris par Business Insider Afrique, les autorités ont suspendu la délivrance de nouveaux permis pour les expéditions de fruits et légumes vers les pays africains. Les camions titulaires de permis valides peuvent continuer à rouler.
Les entreprises d'exportation ont été informées le 4 novembre, la suspension prenant effet à minuit. Aucun délai officiel n'a été annoncé : les approbations futures dépendront de l'évolution de l'offre et des prix nationaux.
Lahoucine Aderdour, chef de la Fédération marocaine des exportateurs de fruits et légumes, a confirmé la pause temporaire des expéditions, selon Tuniscope. Une source gouvernementale a assuré que les exportations reprendraient bientôt.
Pourquoi les prix de la tomate ont flambé au Maroc
Plusieurs facteurs expliquent la hausse qui pénalise les ménages marocains. La productivité a baissé à Souss-Massa, la principale région productrice du royaume, ce qui a resserré l'offre disponible.
Les agriculteurs et les commerçants citent aussi des maladies des plantes, des récoltes retardées et l'augmentation des dépenses en engrais et en carburant. Les prix du diesel ont de nouveau grimpé début novembre, renchérissant le transport des produits entre les fermes, les marchés de gros et les détaillants.
Sur le terrain, les prix de gros ont atteint jusqu'à 9 dirhams le kilogramme à Casablanca, tandis que certains marchés de détail affichent plus de 12 dirhams.
Le ministre des Finances, Fouzi Lekjaa, a déclaré que le gouvernement réglementerait les exportations de denrées alimentaires pour faire baisser les prix intérieurs. Le porte-parole du gouvernement, Samir Belfquih, a parlé de « souveraineté alimentaire » comme priorité, sans confirmer directement la décision d'exportation.
L'Afrique seule à porter la restriction, l'Europe exemptée
C'est le point qui interpelle les observateurs panafricains. Le Maroc est le deuxième fournisseur extérieur de tomates de l'Union européenne, un marché précieux et rémunérateur. Son commerce africain de tomates, plus modeste, transite en grande partie par voie terrestre. Restreindre ce segment coûte donc moins cher aux exportateurs que de perturber les contrats européens.
Concrètement, la décision de Rabat transfère une partie de la pression sur les prix alimentaires vers les importateurs africains qui dépendent de ses produits. Pour des pays d'Afrique de l'Ouest qui complètent parfois leur approvisionnement par les tomates marocaines, la restriction pourrait se faire sentir sur les étals dans les semaines qui viennent.
Les producteurs marocains contestent toutefois l'idée que les exportations seraient seules responsables de la pénurie. Ils soutiennent que les ventes à l'étranger fournissent le revenu nécessaire pour absorber la hausse des coûts de production et maintenir l'approvisionnement du marché local.
Un secteur d'exportation qui pèse lourd pour Rabat
Les chiffres montrent l'enjeu. Les exportations agricoles du Maroc ont progressé de 4,3 % au cours des neuf premiers mois de 2026, pour atteindre 33,1 milliards de dirhams (environ 3,4 milliards de dollars). Le secteur reste un pilier des recettes d'exportation du royaume, même au moment où les ménages font face à des factures alimentaires en hausse.
Face à la crise, le gouvernement a conservé les subventions aux transports et prévoit de créer des sociétés de distribution régionales afin de réduire le nombre d'intermédiaires entre producteurs et consommateurs.
Le pari de Rabat est double : protéger le pouvoir d'achat national sans sacrifier la position de valeur plus élevée que la tomate marocaine occupe en Europe. Jusqu'à la reprise de la production à Souss-Massa, ce sont les acheteurs africains qui absorberont l'essentiel de l'effort.
Questions fréquentes
Le Maroc a-t-il interdit toutes ses exportations de tomates ?
Non. Seules les expéditions vers les marchés africains sont suspendues, et uniquement pour les nouveaux permis. Les camions déjà autorisés continuent de circuler, et les exportations vers l'Europe ne sont pas touchées.
Depuis quand la mesure est-elle en vigueur ?
Les exportateurs ont été informés le 4 novembre 2026, et la suspension a pris effet à minuit. Aucune date de fin n'a été annoncée ; les autorités conditionnent la reprise à l'évolution de l'offre et des prix intérieurs.
Pourquoi les prix de la tomate ont-ils augmenté au Maroc ?
La baisse de productivité à Souss-Massa, des maladies des plantes, des récoltes retardées et la hausse des coûts du carburant et des engrais ont réduit l'offre et renchéri le produit sur les marchés marocains.
